Comme on le fait au Japon, Alexandre Marcel a donné un nom au parc ; il l’a baptisé « Paysage Japonais ». Son style est inspiré de celui de la période Edo qui dura au Japon du XVI°s au XIX°s. Le chemin, par une large courbe, éloigne du tumulte des automobiles, oblige au calme, à la sérénité.Il est bordé d’azalées, de pommiers à fleurs, d’érables japonais au feuillage pourpre ; il est abrité de hêtres, de chênes, de conifères.
Dès lors la vue et l’ouïe s’affinent, on entend le chant des oiseaux, le bruit de l’eau. Un petit pont relie deux mondes : celui du profane d’où l’on vient, celui du sacré où l’on entre, avec d’un côté la rivière et une cascade, de l’autre l’étang qui s’étire sur 4ha. Le pont est décoré de 4 sculptures représentant des génies khmers gardant l’entrée ; on remarque l’oiseau Garuda qui a saisi dans ses griffes le serpent Naja à 7 têtes. Nul être malfaisant ne peut entrer et parvenir jusqu’à la Pagode au curieux toit bulbeux. La rivière s’écoule d’est en ouest, comme la course du soleil, symbole de la vie : l’est, c’est la naissance ; l’ouest c’est la disparition, la nuit, la mort, mais aussi l’immortalité.
La source est le commencement de la vie ; l’eau jaillit de la montagne figurée par des blocs de pierre, s’écoule de roche en roche sautillante comme la jeunesse, puis s’apaise comme l’âge mûr et rejoint l’étang infini comme l’éternité.
L’eau de l’étang est l’élément principal du parc. Elle reflète les variations du ciel, les couleurs changeantes, saisonnières des végétaux ; elle vit avec la brise qui la ride ; elle s’enveloppe de mystère sous la brume matinale ; calme, elle devient miroir, renvoie une image inversée des grands arbres, des rives, ce qui peut représenter la profondeur du rêve ou de l’au-delà .........
Lucienne Deschamps
Il faut passer sous un rouge « torii », ce portail caractéristique japonais, dont la couleur est signe de bonheur, pour entrer dans le Parc de Maulévrier, le plus grand d’Europe de ce style. On est alors comme dans un lieu sacré, un site vénéré, où il faut être attentif à tous les messages symboliques transmis par l’eau, les pierres, les végétaux.
Ils sont loin de l’exotisme décoratif dit « chinois », introduit au XVIII°s par les Anglais dans leurs jardins ; loin aussi de la mode anglo-chinoise des Français et du duc de Choiseul avec sa Pagode de Chanteloup.
En 1945, Madeleine Marcel vendit le domaine à des religieux qui eux-mêmes s’en séparèrent en 1977.Le château Colbert a été transformé en hôtel-restaurantoù tout est d’un goût raffiné. Quant au jardin, depuis 1980, il est propriété de la commune de Maulévrier.
Le parc était resté à l’abandon pendant quarante ans. Il fallut débroussailler les allées, dégager ponts, lanternes, temple et pagode qui tombaient en ruines, restaurer sans plan, uniquement à partir de photos retrouvées. Dans ce but, une association a été créée dont l’objectif est triple : entretien après restauration du parc, promotion de différentes activités culturelles et pédagogiques, gestion.
aulévrier, comme bien des villages de a région, fut fortifié sous l’impulsion de Foulque Nérra. A cette époque, les seigneurs partaient en croisade : ainsi fit Renaud de Maulévrier er au XI°s. Ses descendants, pendant plusieurs siècles, demeurèrent dans le château.
En 1668 Edouard COLBERT frère du ministre de Louis XIV, acheta la domaine et Jules Hardouin-Mansart édifia le château classique tel qu’il est encore maintenant.
En 1895, Eugène BERGERE devint propriétaire du château Colbert; il fit appel, pour sa remise en état, à Alexandre MARCEL (1860-1928) architecte renommé et talentueux. Le bâtiment fut restauré et…Alexandre Marcel épousa Madeleine Bergère, la fille du propriétaire.
Le château domine la vallée encaissée de la Moine, petite rivière bordée de cyprès chauves et de saules. Depuis le château, pour accéder à la rivière, Alexandre Marcel créa des parterres réguliers et des emmarchement classiques. Puis il conçu en contrebas, un parc d’inspiration japonaise sur une superficie de 29 ha.
Alexandre Marcel était passionné d’art asiatique. A Paris en 1897, il fit bâtir le cinéma « La Pagode ». Lors de l’exposition universelle de 1900, il fut l’auteur du Pavillon du Cambodge.
A la demande du roi des Belges, il fit construire la « Tour japonaise » dans le parc royal de Laeken. La mode était au « japonisme » .En outre, il était en relation d’amitié avec Albert Kahn qui fit réaliser un jardin japonais par des jardiniers venus du Japon, dans sa propriété de Boulogne-Billancourt. Au cours de sa vie, Alexandre Marcel fit plusieurs voyages en Asie. Les jardins de Maulévrier sont authentiques, proches par leur conception de ceux du Japon.