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Vingt-septième promenade.
Julien, noble et riche, ayant tué par erreur ses parents, décida de faire pénitence : il se retira avec sa femme au bord de la Seine où il vécut pauvrement, s’efforçant de venir en aide aux malheureux. Un jour un lépreux vint lui demander l’hospitalité ; il l’accueillit puis,
Selon son désir, il lui fit traverser le fleuve. Alors qu’il ramait avec sa femme, le lépreux se nimba de lumière : c’était le Christ qui venait lui annoncer la rémission de ses péchés. On peut voir rue Galande dans le V° arrondissement un bas-relief sculpté représentant le Christ dans la barque avec Julien et sa femme. Cette pierre se trouvait autrefois au portail de l’église Saint-Julien- le-Pauvre.
Dès le Moyen-Age, à l’emplacement où aurait vécu Saint Julien, fut construit un prieuré qui hébergeait les pèlerins. Au V°s Grégoire, évêque de Tours, y avait célébré la messe lors d’un séjour à Paris. Ce prieuré fut détruit au cours d’une invasion des Normands. La petite église actuelle fut bâtie entre 1170 et 1240 ; en même temps, dans l’île de la Cité voisine, on avait entrepris la construction de la cathédrale Notre-Dame qui fut achevée en 1330. On a tôt fait de comparer dimensions et styles de ces deux bâtiments contemporains.
L’église Saint-Julien-le-Pauvre, sans clocher ni transept, est avec Saint-Germain des Prés et Saint-Pierre de Montmartre une des plus vieilles églises de Paris. Autrefois, étudiants et confréries se réunissaient nombreux à Saint-Julien le Pauvre. Au XVII°s la façade de l’église s’effondra, entraînant deux travées de la nef, et l’on reconstruisit un portail bien simple. A côté de l’entrée, on peut voir un puits datant du XII°s et une dalle de pierre provenant de l’ancienne voie romaine de Lutèce, " le cardo ", qui se trouvait tout près, à l’emplacement de la rue Saint-Jacques. Depuis 1889 Saint-Julien-le-Pauvre est une église consacrée au culte catholique grec de rite melchite.
Ce qui accentue le charme de l’église, c’est le tout petit SQUARE VIVIANI de 4265 m2
réalisé en 1928 le long de la nef, où il y avait auparavant une annexe de l’Hôtel Dieu désaffectée et démolie. René Viviani (1863-1925) auquel le jardin rend hommage, fut un politicien socialiste ; bon orateur, il fut successivement ministre du Travail, de l’Instruction Publique, puis Président du Conseil en 1914 et enfin ministre de la Justice. Quelques pierres, pinacles et chapiteaux déposés lors de restaurations à Notre-Dame, furent placés dans le jardin autour d’une placette au centre de laquelle a été érigée en 1995 une sculpture de Georges Jeanclos.
Le jardin doit sa réputation au robinier qui s’y trouve ; Robinia pseudo-acacia L. de la famille des Fabacées, originaire de l’est des Etats-Unis, a été dédié par Linné à Jean Robin ( 1550-1629 ) apothicaire et " arboriste " du Roi. Celui-ci fit croître les premiers pieds européens dans sa pépinière de l’Ile de la Cité. De ces robiniers deux subsistent, transplantés en 1636 par Vespasien Robin arboriste comme son père : l’un se trouve au Jardin des Plantes, l’autre au square Viviani ; ce dernier est un vieillard chenu atteignant presque 400 ans, soutenu par des béquilles, revêtu de lierre. On le conserve pour son histoire, non pour sa beauté. Le robinier, à l’ombre légère, aux fleurs blanches parfumées aimées des abeilles, peut atteindre 25 mètres de haut ; de son bois résistant à la pourriture on fabrique des pieux, des piquets. Il drageonne beaucoup, d’où son emploi pour retenir les terrains en pente tels les talus bordant les voies ferrées. Dans le petit square paré de fleurs et de rosiers poussent aussi des frênes à fleurs Fraxinus ornus L. de la famille des Oléacées comme l’olivier ; peu courant à Paris, poussant en Europe méridionale, il se couvre au printemps de petites fleurs odorantes à la corolle blanche, ce qui est exceptionnel chez les frênes dont les fleurs sont dépourvues de corolle. Dans les régions plus chaudes de l’Italie du sud, il exsude de son tronc une substance sucrée appelée " manne " utilisée comme purgatif. Et le square nous réserve encore un autre arbre remarquable, un Pterocarya caucasicaC.A. Mey. De la famille des Juglandacées. Originaire du Caucase, d’Arménie, il a été rapporté en 1782 par André Michaux à la suite d’une expédition en Perse et le premier exemplaire fut planté à Versailles. Il peut atteindre 25 mètres de haut et, très décoratif, il est utilisé à Paris dans les espaces verts comme en arbre d’alignement.
On peut flâner dans le square pour identifier les arbustes, puis comme les touristes, se reposer un instant en contemplant la cathédrale Notre-Dame qui se dresse dans l’île, de l’autre côté de la Seine.
L.DESCHAMPS |